{"id":712,"date":"2022-05-03T11:25:00","date_gmt":"2022-05-03T09:25:00","guid":{"rendered":"https:\/\/steloi.org\/index.php\/2022\/05\/03\/conference-participative-dalexandre-ganoczy\/"},"modified":"2022-05-03T11:25:00","modified_gmt":"2022-05-03T09:25:00","slug":"conference-participative-dalexandre-ganoczy","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/steloi.org\/index.php\/2022\/05\/03\/conference-participative-dalexandre-ganoczy\/","title":{"rendered":"CONF\u00c9RENCE PARTICIPATIVE D\u2019ALEXANDRE GANOCZY"},"content":{"rendered":"<p><center><strong>Laudato Si<\/strong><\/center><br \/>\n<br \/>\n<\/br><br \/>\nPar le fait que cette encyclique papale est la premi\u00e8re qui soit enti\u00e8rement consacr\u00e9e \u00e0 la probl\u00e9matique \u00e9cologique de notre temps, sa publication en 2015 peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme un \u00e9v\u00e9nement historique. Son titre montre qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 inspir\u00e9e par une pri\u00e8re de louange de Fran\u00e7ois d\u2019Assise et aussi par sa spiritualit\u00e9 fortement ax\u00e9e sur la communaut\u00e9 de tous les vivants, plantes, animaux, humains. Le pape Fran\u00e7ois rejoint ce saint du Moyen \u00c2ge chr\u00e9tien en consid\u00e9rant que toutes les cr\u00e9atures refl\u00e8tent la gloire du Cr\u00e9ateur et qu\u2019elles le font ensemble. Elles cohabitent dans une \u00ab maison commune \u00bb comme l\u2019indique d\u00e9j\u00e0 le sous-titre de l\u2019encyclique. Ce vivre ensemble a quelque chose de familial. M\u00eame des existants mat\u00e9riels se trouvent d\u00e9sign\u00e9s par des images personnelles telles que \u00ab s\u0153ur \u00bb et \u00ab m\u00e8re \u00bb (1). Le ton est lyrique et refl\u00e8te une conception id\u00e9alis\u00e9e de la nature. Ses aspects cruels et catastrophiques ne sont pas \u00e9voqu\u00e9s. Ce n\u2019est pas de l\u2019ang\u00e9lisme. Car le pape sait parfaitement qu\u2019aujourd\u2019hui plus que jamais la pri\u00e8re de louange doit \u00eatre accompagn\u00e9e d\u2019un jugement s\u00e9v\u00e8re, cette fois-ci moins sur le mal que la nature peut faire \u00e0 l\u2019homme, que sur les d\u00e9g\u00e2ts que l\u2019homme fait quotidiennement \u00e0 la nature. Je cite : \u00ab Cette s\u0153ur crie en raison des d\u00e9g\u00e2ts que nous lui causons par l\u2019utilisation irresponsable et l\u2019abus des biens que Dieu a d\u00e9pos\u00e9s en elle. Nous avons grandi en pensant que nous \u00e9tions ses propri\u00e9taires et ses dominateurs autoris\u00e9s \u00e0 l\u2019exploiter. La violence qui est dans le c\u0153ur humain bless\u00e9 par le p\u00e9ch\u00e9 se manifeste aussi par les sympt\u00f4mes de maladie que nous observons dans le sol, dans l\u2019eau, dans l\u2019air et dans les \u00eatres vivants. C\u2019est pourquoi parmi les pauvres les plus abandonn\u00e9s se trouve notre terre opprim\u00e9e et d\u00e9vast\u00e9e \u00bb (7).  <\/p>\n<p>Nous avons ici une nouvelle notion du p\u00e9ch\u00e9. Sa nouveaut\u00e9 consiste en ce qu\u2019elle ne met plus l\u2019accent sur la non-observation des commandements concernant les pratiques cultuelles et morales, mais sur la violence qu\u2019une humanit\u00e9 devenue puissante fait subir \u00e0 des cr\u00e9atures en position de faiblesse et de pauvret\u00e9. Le Pape n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 ranger les esp\u00e8ces animales et v\u00e9g\u00e9tales menac\u00e9es d\u2019extinction du c\u00f4t\u00e9 des humains n\u00e9cessiteux. Or, l\u00e0 o\u00f9 le p\u00e9ch\u00e9 contre la nature fait ravage, il faut une v\u00e9ritable conversion, un retour \u00e0 la nature dont l\u2019\u00e9tat fortement endommag\u00e9 a \u00e9t\u00e9 prouv\u00e9 avec une quasi-unanimit\u00e9 par des scientifiques comp\u00e9tents. Le Pape, qui s\u2019est laiss\u00e9 inspirer par la spiritualit\u00e9 franciscaine et ses images po\u00e9tiques, fait en m\u00eame temps cr\u00e9dit aux biologistes et aux climatologues pour r\u00e9clamer une conversion qui doit son efficacit\u00e9 simultan\u00e9ment \u00e0 la foi religieuse et \u00e0 la raison scientifique. Il est convaincu que la sauvegarde et le salut de notre communaut\u00e9 plan\u00e9taire exige l\u2019alliance de la foi avec la raison exp\u00e9rimentale (cf. 7). Je cite : \u00ab Nous avons besoin d\u2019une conversion qui nous unisse tous, parce que le d\u00e9fi environnemental que nous vivons \/\u2026 \/ nous concerne et nous touche tous \u00bb (14). Or cette conversion \u00e0 la fois religieuse et rationnelle doit faire face \u00e0 une difficult\u00e9 consid\u00e9rable qui consiste dans la rapidit\u00e9 des changements que nous imposons \u00e0 une nature dont l\u2019\u00e9volution se fait avec lenteur, ayant besoin de milliards d\u2019ann\u00e9es. C\u2019est ainsi que des esp\u00e8ces animales, qui existent depuis tr\u00e8s longtemps, peuvent sous les contraintes que nous leur imposons, dispara\u00eetre tr\u00e8s rapidement (cf. 18).  La pollution de l\u2019atmosph\u00e8re, l\u2019accumulation de d\u00e9chets non biod\u00e9gradables, la disparition progressive des for\u00eats tropicales, la r\u00e9duction drastique de la biodiversit\u00e9, l\u2019\u00e9puisement des sources d\u2019\u00e9nergie fossiles, la croissance d\u00e9mesur\u00e9e des m\u00e9tropoles, la diminution des r\u00e9serves d\u2019eau potable, les guerres incessantes au Moyen Orient, la surp\u00eache pratiqu\u00e9e dans nos mers, le trafic et la consommation de drogues, la privation de populations aborig\u00e8nes de leur espace vital, la stagnation de populations enti\u00e8res dans un \u00e9tat de pauvret\u00e9 extr\u00eame, la multiplicit\u00e9 et la diversit\u00e9 de ces probl\u00e8mes repr\u00e9sentent un danger de d\u00e9gradation \u00e9norme  pour l\u2019avenir de notre plan\u00e8te. Mais en m\u00eame temps, elles r\u00e9v\u00e8lent la raison que son sauvetage ne peut \u00eatre attendu que d\u2019une \u00ab \u00e9cologie int\u00e9grale \u00bb.  <\/p>\n<p>Le probl\u00e8me que Laudato Si semble privil\u00e9gier est celui du r\u00e9chauffement climatique. Caus\u00e9 et entretenu par une teneur trop \u00e9lev\u00e9e en Co2 dans l\u2019atmosph\u00e8re, il provoque la fonte des glaces polaires. Les cons\u00e9quences en sont l\u2019\u00e9l\u00e9vation du niveau des oc\u00e9ans et l\u2019inondation des territoires c\u00f4tiers qui sont en grande partie habit\u00e9s par des populations pauvres, par exemple au Bangladesh. Ainsi des millions de n\u00e9cessiteux risquent de s\u2019enfoncer davantage dans la mis\u00e8re. L\u2019augmentation excessive de la temp\u00e9rature qui provoque d\u00e9sormais de plus en plus souvent la canicule, favorise aussi des incendies, bouleverse l\u2019existence des animaux et des humains. En attirant l\u2019attention sur cette crise climatique, le pape a anticip\u00e9 \u00e0 plusieurs \u00e9gards l\u2019Accord de Paris sur le climat, sign\u00e9 le 12 d\u00e9cembre 2015 par les repr\u00e9sentants politiques de 195 nations et entr\u00e9 en vigueur le 7 novembre 2017. Cet accord est ax\u00e9 sur des dispositions concr\u00e8tes en vue de r\u00e9duire \u00ab l\u2019effet de serre \u00bb provoqu\u00e9 par le r\u00e9chauffement de notre atmosph\u00e8re. Dans l\u2019Accord il a \u00e9t\u00e9 d\u00e9cid\u00e9 que tous les signataires feront l\u2019effort de \u00ab contenir d\u2019ici \u00e0 2100 le r\u00e9chauffement climatique bien au-dessous de 2 degr\u00e9s Celsius par rapport aux niveaux pr\u00e9industriels \u00bb. (Texte cit\u00e9 par Wikip\u00e9dia p. 12). L\u2019Alliance des petits \u00e9tats insulaires qui regroupe les 44 pays les plus expos\u00e9s aux effets du changement climatique a pu \u00e9galement contribuer \u00e0 cet engagement international, ce qui correspondait bien aux v\u0153ux de Laudato Si (cf. ibidem). Par contre, parmi les grandes puissances, plusieurs n\u2019ont pas respect\u00e9 leur engagement et, c\u00e9dant \u00e0 une sorte d\u2019\u00e9gocentrisme \u00e9conomique, ont continu\u00e9 \u00e0 augmenter le r\u00e9chauffement fatal. La pire d\u00e9fection a \u00e9t\u00e9 celle de la plus grande puissance du monde, lorsque le Pr\u00e9sident Donald Trump a d\u00e9cid\u00e9 de retirer sa signature de l\u2019Accord de Paris, en se justifiant avec son slogan \u00ab America first \u00bb : avant tout l\u2019int\u00e9r\u00eat \u00e9conomique des Etats-Unis. Le m\u00e9pris qu\u2019il a affich\u00e9 envers les pr\u00e9visions alarmistes des scientifiques climatologues est bien connu. Son comportement que l\u2019histoire classera probablement parmi les crimes contre l\u2019humanit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 suivi par d\u2019autres puissants, tel le pr\u00e9sident br\u00e9silien Bolsenaro et le premier ministre australien ? ce dernier au moins jusqu\u2019aux incendies catastrophiques de son pays au cours desquels plus d\u2019un milliard d\u2019animaux ont trouv\u00e9 la mort.  <\/p>\n<p>Arriv\u00e9s \u00e0 ce point, nous devons demander avec quelle argumentation th\u00e9ologique le pape r\u00e9agit \u00e0 cette crise plan\u00e9taire. Il est logique que, s\u2019il veut que la foi chr\u00e9tienne entre dans la motivation du sauvetage de la plan\u00e8te, il recourt \u00e0 la source normative de cette foi qui n\u2019est autre que la Bible. De fait, apr\u00e8s avoir longuement expos\u00e9 la probl\u00e9matique \u00e9cologique de notre temps en reprenant les analyses des scientifiques, il fait valoir \u00ab la sagesse des \u00e9crits bibliques \u00bb, notamment celle du livre de la Gen\u00e8se (64ss). Il donne d\u2019abord une interpr\u00e9tation clairement anthropocentrique de ce qu\u2019il appelle le premier \u00ab r\u00e9cit \u00bb symbolique de la Cr\u00e9ation, en mettant l\u2019accent sur la dignit\u00e9 de l\u2019homme. Mais il montre aussi que cette dignit\u00e9 implique une mission, celle de soumettre et de dominer d\u2019une fa\u00e7on responsable la terre et les autres vivants. Il affirme que cette double mission doit \u00eatre accomplie par les humains en se comportant r\u00e9ellement comme image ressemblante de Dieu, c\u2019est-\u00e0-dire avec non-violence. Il aurait pu citer ici les ex\u00e9g\u00e8tes contemporains, par exemple Norbert Lohfink qui rappelle que le terme h\u00e9breu KABASH a une double signification, l\u2019une guerri\u00e8re, l\u2019autre pacifique. Il peut d\u00e9signer l\u2019acte par lequel un vainqueur pi\u00e9tine le vaincu, mais aussi l\u2019acte par lequel un fort prot\u00e8ge un faible, un geste qui est bien illustr\u00e9 par une image m\u00e9sopotamienne repr\u00e9sentant un berger qui pose son pied sur une brebis lib\u00e9rant ainsi ses deux mains pour combattre un fauve qui menace la brebis. Or le contexte de Gn 1, 28 exige que cette signification pacifique soit retenue et que la violente soit \u00e9cart\u00e9e. Il en va de m\u00eame du terme RADAH qui signifie dominer. Le contexte ne permet pas qu\u2019on le comprenne au sens d\u2019un exercice d\u2019une domination tyrannique, mais plut\u00f4t au sens du comportement d\u2019un bon pasteur.   <\/p>\n<p>L\u2019autre m\u00e9taphore biblique que le pape fait valoir est celle du jardinage selon Gn 2, 8-15 : \u00ab Yahv\u00e9 Dieu planta un jardin en Eden, \u00e0 l\u2019Orient, et il y mit l\u2019homme qu\u2019il avait model\u00e9. Yahv\u00e9 Dieu fit pousser du sol toutes esp\u00e8ces d\u2019arbres s\u00e9duisants \u00e0 voir et bons \u00e0 manger [\u2026]. Et Yahv\u00e9 Dieu prit l\u2019homme et l\u2019\u00e9tablit dans le jardin d\u2019Eden pour le cultiver et le garder \u00bb. Le Pape ajoute encore l\u2019id\u00e9e que \u00ab garder \u00bb signifie aussi \u00ab sauvegarder \u00bb (67), ce qui est juste si l\u2019on consid\u00e8re que toute plantation est expos\u00e9e \u00e0 des d\u00e9gradations diverses. Le caract\u00e8re implicitement \u00e9cologique de ce texte est \u00e9vident. Rappelons encore que, selon la tradition juive, la terre, m\u00eame promise, est propri\u00e9t\u00e9 exclusive de Dieu et que l\u2019homme n\u2019en est que l\u2019administrateur (cf. 68). Mais comment se pr\u00e9sente actuellement la r\u00e9alit\u00e9 ? C\u2019est ici que la norme biblique prend un accent critique, voire mena\u00e7ant. L\u2019encyclique le montre en abordant le th\u00e8me du d\u00e9luge. Je cite Gn 6, 5-8 : \u00ab Yahv\u00e9 vit que la m\u00e9chancet\u00e9 de l\u2019homme \u00e9tait grande sur la terre et que son c\u0153ur ne formait que de mauvais desseins \u00e0 longueur de journ\u00e9e. Yahv\u00e9 se repentit d\u2019avoir fait l\u2019homme sur la terre et il s\u2019affligea dans son c\u0153ur. Et Yahv\u00e9 dit : \u2018Je vais effacer de la surface du sol les hommes que j\u2019ai cr\u00e9\u00e9s &#8211; depuis l\u2019homme jusqu\u2019aux bestiaux, aux bestioles et aux oiseaux du ciel -, car je me repens de les avoir faits. \u2019 Mais No\u00e9 avait trouv\u00e9 gr\u00e2ce aux yeux de Yahv\u00e9. \u00bb  <\/p>\n<p>Quatre id\u00e9es peuvent nous frapper dans ce texte. La premi\u00e8re que la m\u00e9chancet\u00e9 humaine est vue comme universelle. La seconde que la possibilit\u00e9 de la disparition du genre humain est imput\u00e9e \u00e0 cette m\u00e9chancet\u00e9. La troisi\u00e8me que les animaux sont entra\u00een\u00e9s dans la catastrophe due \u00e0 l\u2019homme. La quatri\u00e8me laisse entendre l\u2019heureuse incons\u00e9quence divine. Dieu en effet, qui dans un premier temps regrette de l\u2019avoir cr\u00e9\u00e9 revient sur son intention de l\u2019an\u00e9antir, eu \u00e9gard \u00e0 No\u00e9 le Juste qui obtient cette gr\u00e2ce pour tous. Il se comprend que le lecteur moderne ne mette pas ici l\u2019accent, comme l\u2019avait fait les juifs de l\u2019antiquit\u00e9, sur l\u2019image d\u2019un Cr\u00e9ateur qui regrette d\u2019avoir cr\u00e9\u00e9 l\u2019homme avant de lui faire gr\u00e2ce. Mais il trouvera tout-\u00e0-fait cr\u00e9dible le message selon lequel l\u2019humanit\u00e9, telle qu\u2019elle se comporte collectivement, est capable de causer sa propre ruine. C\u2019est ce que le pape Fran\u00e7ois veut insinuer en citant l\u2019histoire de No\u00e9.   <\/p>\n<p>L\u2019auteur de ce texte ne pr\u00e9cise pas en quoi consistait la m\u00e9chancet\u00e9 des hommes du temps de No\u00e9. Mais si le pape y renvoie dans son encyclique, on comprend pourquoi il voit une analogie entre le p\u00e9ch\u00e9 \u00e0 port\u00e9e \u00e9cologique de notre temps et la m\u00e9chancet\u00e9 dont parle le texte. En effet, dans les deux cas il s\u2019agit d\u2019un m\u00e9pris de la volont\u00e9 du Cr\u00e9ateur de voir tous les \u00eatres vivants se lier dans une coexistence non violente et pacifique, seul moyen de les pr\u00e9server d\u2019une catastrophe commune. Cette analogie se trouve confirm\u00e9e par la mise en sc\u00e8ne appuy\u00e9e des esp\u00e8ces animales dans le r\u00e9cit du d\u00e9luge. Par-l\u00e0, se manifeste une haute estime des vivants extra-humains. Leur valorisation et leur droit \u00e0 l\u2019existence se trouvent soulign\u00e9s par le fait qu\u2019ils sont co-destinataires de l\u2019alliance que Dieu conclut avec No\u00e9. L\u00e0, Yahv\u00e9 promet qu\u2019il n\u2019y aura plus de d\u00e9luge et d\u00e9clare, en contemplant l\u2019arc en ciel qui apparait : \u00ab voici le signe de l\u2019alliance que j\u2019institue entre moi et vous et tous les \u00eatres vivants qui sont avec vous, pour les g\u00e9n\u00e9rations \u00e0 venir \u00bb (Gn 9, 12). <\/p>\n<p> A partir de cette base scripturaire, le pape peut facilement arriver \u00e0 l\u2019affirmation que les animaux tant sauvages que domestiques ne sont pas de simples objets d\u2019usage et de consommation, mais des \u00eatres ayant une valeur en eux-m\u00eames. Le pape \u00e9crit : \u00ab Nous sommes appel\u00e9s \u00e0 reconna\u00eetre que les autres \u00eatres vivants ont une valeur propre devant Dieu \u00bb (69 ?). Evidemment cette valeur est diff\u00e9rente d\u2019une valeur commerciale ou marchande, elle correspond \u00e0 une v\u00e9ritable dignit\u00e9 que d\u00e9j\u00e0 la sagesse v\u00e9t\u00e9rotestamentaire reconnait implicitement \u00e0 des animaux au point d\u2019\u00eatre capables d\u2019enseigner aux hommes la morale par leur comportement exemplaire. Nous lisons : \u00ab Il existe sur terre quatre \u00eatres tout petits et pourtant sages parmi les sages \u00bb (Prov 30, 24). Et ailleurs \u00ab Va voir la fourmi, paresseux ! Observe ses m\u0153urs et deviens sage \u00bb. (Pr 6, 6). Puis encore dans le livre de Job : \u00ab Interroge \/\u2026\/ le b\u00e9tail pour t\u2019instruire, les oiseaux du ciel pour t\u2019informer. Parle \u00e0 la terre, elle te donnera des le\u00e7ons, ils te renseigneront les poissons des mers \u00bb (Jb 12, 7-8).  <\/p>\n<p>M\u00eame si le Pape Fran\u00e7ois ne cite pas ces textes qui valorisent les animaux, il rappelle les paroles de J\u00e9sus sur l\u2019exemplarit\u00e9 des oiseaux du ciel et d\u2019autres vivants, paroles qui sont de la m\u00eame veine. Ce faisant, sa pens\u00e9e s\u2019accorde avec celle de deux philosophes des Lumi\u00e8res, Rousseau et Voltaire, qui ont oppos\u00e9 une fin de non-recevoir \u00e0 Descartes. On sait que ce dernier, en suivant Aristote, mettait en avant l\u2019irrationalit\u00e9 des animaux et les consid\u00e9rait comme des automates incapables d\u2019intelligence et de volont\u00e9, par contre Rousseau les tenait pour des vivants dou\u00e9s d\u2019\u00e2me, d\u2019entendement et de sensibilit\u00e9, des vivants envers lesquels l\u2019homme a non seulement des droits mais aussi certains devoirs. Quant \u00e0 Voltaire, il reprochait \u00e0 Descartes de ne voir dans les animaux que des objets priv\u00e9s de connaissance. Et Voltaire allait, chose \u00e9tonnante, jusqu\u2019\u00e0 rappeler que Dieu lui-m\u00eame les incluait parmi les partenaires de l\u2019alliance qu\u2019il a accord\u00e9e \u00e0 No\u00e9 apr\u00e8s le d\u00e9luge. B\u00e9n\u00e9ficiaires d\u2019une telle faveur, ne devait-on pas leur reconna\u00eetre une r\u00e9elle dignit\u00e9 ?  <\/p>\n<p>Retenons ce constat : le pape Fran\u00e7ois va, avec son affirmation que les animaux ont une valeur propre devant Dieu, dans la m\u00eame direction que plusieurs grands penseurs des temps modernes. Or les philosophes ont inaugur\u00e9 un courant d\u2019id\u00e9es qui va plus loin qu\u2019eux. Selon les tenants de ce courant, l\u2019affirmation que les humains ont des devoirs envers les animaux implique l\u2019affirmation que les animaux ont, de leur c\u00f4t\u00e9, des droits \u00e0 faire valoir aupr\u00e8s des humains. Quels droits ? Celui d\u2019\u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme ces anc\u00eatres lointains dont nous descendons, dont l\u2019\u00e9volution nous a fait \u00e9merger, ensuite le droit qu\u2019on peut appeler de r\u00e9paration eu \u00e9gard \u00e0 la provenance du christianisme du juda\u00efsme qui se servait d\u2019animaux pour en faire des victimes de sacrifices sanglants et des boucs \u00e9missaires portant les p\u00e9ch\u00e9s humains. Le droit aussi de prendre au s\u00e9rieux les d\u00e9couvertes de la psychologie animale qui, apr\u00e8s avoir commenc\u00e9 \u00e0 parler d\u2019\u00e2me animale est arriv\u00e9e ensuite \u00e0 identifier en elle une forme primitive mais r\u00e9elle de conscience. Antonio Damasio, un neurobiologiste am\u00e9ricain, a propos\u00e9 la notion de \u00ab conscience noyau \u00bb. Il reconna\u00eet ainsi chez ces vivants la capacit\u00e9 de connaissance, de sensibilit\u00e9, de souffrance et de joie, voire des attitudes qu\u2019on peut appeler morales. Qu\u2019on pense seulement \u00e0 la fid\u00e9lit\u00e9 et la maitrise de soi chez les chiens. N\u2019oublions pas non plus la question d\u00e9licate de l\u2019exp\u00e9rimentation sur animaux, des conditions d\u2019\u00e9levage et d\u2019abattage que nous leur imposons. Selon certains, il faudrait reconna\u00eetre que de v\u00e9ritables \u00e9changes de service puissent exister entre l\u2019animal domestique et son propri\u00e9taire. Je reviens enfin aux droits les plus \u00e9l\u00e9mentaires : d\u2019\u00eatre nourri, de se reproduire, d\u2019avoir un espace de vie et de survie. C\u2019est l\u00e0 qu\u2019on voit combien la situation de tous les vivants pris dans leurs corr\u00e9lations et leurs interactions est au c\u0153ur de la probl\u00e9matique \u00e9cologique.<br \/>\nDans ce contexte, je ne peux qu\u2019adh\u00e9rer \u00e0 l\u2019id\u00e9e du pape Fran\u00e7ois de situer les esp\u00e8ces v\u00e9g\u00e9tales et animales parmi les pauvres de la terre que le p\u00e9ch\u00e9 \u00e9cologique met aujourd\u2019hui \u00e0 rude \u00e9preuve.    <\/p>\n<p>En conclusion, je dirai ceci. Si ce qui a \u00e9t\u00e9 dit dans Laudato Si sur \u00ab la valeur propre des animaux devant Dieu \u00bb correspond \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9, il est l\u00e9gitime de leur attribuer une r\u00e9elle dignit\u00e9. Certes non la m\u00eame que la personne humaine qui est intangible. Non plus une qui interdirait que la vie animale puisse nous servir \u00e0 entretenir, \u00e0 gu\u00e9rir, \u00e0 faire \u00e9panouir la vie humaine. Un mod\u00e8le \u00e0 suivre serait peut-\u00eatre l\u2019attitude des am\u00e9rindiens qui s\u2019excusent aupr\u00e8s du gibier qu\u2019ils sont oblig\u00e9s de chasser pour ne pas mourir de faim. Cela leur interdit de les faire p\u00e9rir par pur plaisir. Mais cette attitude pourrait \u00eatre aussi une extension de l\u2019amour du prochain aux vivants pr\u00e9humains. De m\u00eame une mani\u00e8re de nous aimer nous-m\u00eames, puisque sans la sauvegarde de la biodiversit\u00e9, l\u2019esp\u00e8ce humaine ne pourra se perp\u00e9tuer tr\u00e8s longtemps sur terre. Descartes a eu tort de croire que les humains \u00e9taient ma\u00eetres et possesseurs absolus de la nature. Le pape Fran\u00e7ois a eu raison d\u2019inaugurer une \u00e9cologie int\u00e9grale. A nous de faire ce qu\u2019il a dit.  <\/p>\n<p>A. Ganoczy Mai 2022<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Laudato Si Par le fait que cette encyclique papale est la premi\u00e8re qui soit enti\u00e8rement consacr\u00e9e \u00e0 la probl\u00e9matique \u00e9cologique de notre temps, sa publication en 2015 peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme un \u00e9v\u00e9nement historique. 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